Un singulier état amoureux !
- annelauwersblum
- 9 avr.
- 2 min de lecture

Quand la « Friction du réel » du théâtre Les Aires, rencontre « La traverse » de la compagnie Jeanne Simone.
Je marche à pas très lents sous la pluie et je pense à Gene Kelly qui chante : « I’m singing in the rain, what a glorious feeling, I’am happy again ! » Il chante et danse sous une pluie battante, et sourit de toutes ses dents. On voit qu’il est heureux. Il est heureux, parce qu’il est amoureux!
Sommes-nous des amoureux, les treize qui marchent sous la pluie qui tombe à verse sur le viaduc de Die ? Nous qui avons dit OUI à la proposition de Laure de la compagnie Jeanne-Simone, engagée par le théâtre les Aires ? Sans aucun doute ! Amoureux chacun, chacune à notre manière. De la lenteur que Laure nous a fait incorporer de subtile manière, un soir, une journée, et le matin avant d’y aller, sur ce viaduc. Du bruit de l’eau qui glougloute dans les caniveaux, de la rivière sous le pont, de la pluie (qui n’était pas invitée!) sur les parapluies. De la danse de brume et de fumée, qui tournoie de façon excentrique, très lente elle aussi, à notre côté. De l’homme immobile sous son parapluie, qui nous regarde passer les yeux fermés, un léger sourire sur les lèvres. D’avoir décidé de s’y frotter quand-même, à ce réel, alors que personne ne nous y obligeait !
Je lutte pour ralentir encore, moi qui suis dans une éternelle fuite en avant. Je sens derrière moi l’énergie libératrice d’habiles pétrisseurs et pétrisseuses de lenteur. Presqu’un cri de joie : ceci est un manifeste ! Ceci est une façon poétique, politique, amoureuse de traverser la ville, ses rues, ses ponts, ses places ! Alors je pense aux jeunes femmes iraniennes, aux jeunes hommes iraniens, qui ont payé de leur vie d’être descendus dans la rue pour manifester. Je ralentis encore, mais me voilà devant la ligne d’arrivée recroquevillée dans le sol, invisible à ceux qui sont pressés. Je redémarre au quart de tour et file au ralenti vers notre lieu de rendez-vous. Le temps passe toujours trop vite!
Anna Blum
Photos: Marion, théâtre "Les Aires"


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