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Le carnaval de Kundera

  • annelauwersblum
  • 1 déc. 2021
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 janv. 2022

Milan Kundera

"La fête de l'insignifiance"


"L'intrigue" James Ensor.

Premier chapitre : Alain médite sur le nombril.

Chapitre antépénultième: Ramon discute avec Alain de l'époque des nombrils.

D'un possible centre de séduction féminine, le nombril traverse le livre pour revendiquer pleinement le statut de symbole sexuel du nouveau millénaire.

... « Une chose est évidente: contrairement aux cuisses, aux fesses, aux seins, le nombril ne dit rien de la femme qui le porte, il parle de quelque chose qui n'est pas cette femme.

- De quoi ?

- De fœtus.

- De fœtus, bien sûr », approuva Ramon.

Et Alain : « L'amour, jadis, était la fête de l'individuel, de l'inimitable, la gloire de ce qui est unique, de ce qui ne supporte aucune répétition. Mais le nombril non seulement ne se révolte pas contre la répétition, il est appel aux répétitions ! Et nous allons vivre, dans notre millénaire, sous le signe du nombril. Sous ce signe, nous sommes tous l'un comme l'autre des soldats du sexe, avec le même regard fixé non pas sur la femme aimée mais sur le même petit trou au milieu du ventre qui représente le seul sens, le seul but, le seul avenir de tout désir érotique. »...

Pendant ce temps (le temps de 141 pages lues avec délectation!) :

- Charles et Caliban s'inventent une langue sensée être du pakistanais pour épater la galerie rasante des cocktails, dans lesquels ils s'improvisent serveurs.

- D'Ardelo, à peine débarrassé du spectre d'un cancer, s'en réinvente un pour épater la galerie.

- La Franck (belle et célèbre et veuve depuis peu), attrape sur le bout de son index une petite plume d'ange déchu, au plein milieu du dit cocktail.

- Staline raconte une histoire ahurrissante de 24 perdrix et finira par s'évader de l'histoire une vieille parka sur le dos, en compagnie d'un certain Kalinine prostatique.

- Caquelique s'exerce à l'insignifiance dans ses stratégies de séduction auprès des plus belles dames.

Dans une histoire en apparence sans queue ni tête, Kundera fait défiler devant nos yeux réjouis, ce nous, fait de renoncements, petites lâchetés, mensonges, nombrilisme et autres travestissements, à la manière des figures grimaçantes des tableaux de James Ensor, qui écumait les carnavals d'Ostende et de Bruxelles. Un carnaval grotesque, mais touchant, peint et écrit de mains de maîtres !

Anna Blum


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