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La fidélité

  • annelauwersblum
  • 23 nov. 2021
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 janv. 2022

Le diable marie sa fille.

Illustration Nell Boulet

- Le passé, le futur, ça n’existe pas. Avant, après... On est vivant dans le présent à ce que je sache !

India et Saad se tiennent par la main et regardent le paysage baigné d’un ciel d’orage. Une vallée s’offre à eux dans une vision de début du monde.

Saad défend quant à lui l’idée d’un temps linéaire multiple. Cinq lignes minimum. Comme la portée musicale.

‒ Le temps c'est de la musique, affirme-t-il. Lento, largo, accelerando, vivo, morendo… Une symphonie cosmique improvisée mesure après mesure, qui fluctue de majeur en mineur (et inversement), où les intervalles entre les notes ne sont absolument pas fixes.

‒ Réfléchit, mon amour : si les intervalles fluctuent selon leur bon gré comme tu dis, pourquoi y aurait-il besoin d’une portée, hein ? Objecte India.

Le soleil vient de retirer son imperméable et secoue les dernières gouttes d’une averse estivale.

‒ Le diable marie sa fille, s’écrie-t-elle, on peut faire un vœu !

Un magnifique arc-en-ciel plante, en effet, ses pieds dans l’herbe verte de la vallée qui fume, coiffée par l'astre radieux. India et Saad y évoluent en Adam et Ève, dépouillés qu'ils sont de la peur, délestés de tout pesant souvenir. Ils se promettent de s’aimer toujours, ferment les yeux, s’ouvrent aux cris des oiseaux, au concert des insectes. Les brindilles qui craquent et au loin, le grondement du fleuve, limoneux d’argile. L’air les porte au ciel comme une montgolfière. Mais, voici que tout paraît petit, si petit ! Et si léger, si transparent, si insignifiant, le temps, la musique, les maisons, les vaches, les promesses... Les voilà contraints à une alliance au goût de raisins acides : demeurer fidèles à leur serment et renfiler leurs habits de mémoire pour continuer le voyage à pied, ou se dissoudre dans l'oubli et l'éloignement de toute chose.

AB


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