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L’évangile de Judas

  • annelauwersblum
  • 1 janv. 2021
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 janv. 2022


Valdrôme enneigé. Photo AB

Vous connaissez comme moi le dicton : « à la Sainte-Catherine, tout bois prend racine ». J’avais décidé de planter des arbustes à fleurs, des arbustes pour oiseaux et abeilles, des arbustes pour le plaisir des sens. La voiture était bien chargée. Tandis que le bout d’un pommier « Malus diable rouge », venait me chatouiller le cou, je tournai le bouton de la radio. Une émission de France Culture parlait des évangiles « apocryphes » (évangiles non reconnus par l’église). La mécréante que je suis fut très surprise d’y entendre parler de l’évangile de Judas. Une certaine Madeleine Scopello commentait le précieux papyrus en copte datant du IIe siècle, reconstitué au prix de mille et un efforts. Pas étonnant que l’église s’en soit débarrassé : Judas y est présenté en tant que disciple préféré du Christ. Il endosse le rôle ingrat de « traître », dans l’unique but de faire s’accomplir le destin de celui-ci. Comprendre mort et résurrection. Mon esprit vogua ex abrupto vers d’autres systèmes de croyances. Dans l’hindouisme, la déesse Kali la noire, souvent présentée avec un collier de têtes coupées, est la déesse de la transformation et de la destruction. La polarité féminine de Shiva le blanc, le masculin. Le pommier « Malus diable rouge » continuait de me chatouiller le cou et la joue dans les tournants. Mon esprit vagabondait allègrement. De Judas à Kali, il s’aventura dans la nature. Mort et résurrection. Préservation, transformation, destruction, renaissance. Je vis mes arbustes passer l’hiver dans leur tenue déshabillée, renaître au printemps, se parer de toutes les beautés de ce monde, avant de se retrouver nus à nouveau. J’étais contente, soulagée aussi. Peut-être en ira-t-il de même de notre monde ? Le vieux monde disparaîtra, pour laisser place à un nouveau. J’imaginai un grand jardin plein d’arbres à fruits et d’arbustes à fleurs. Des abeilles bourdonnaient, de jolis petits ruisseaux clapotaient dans des prés fleuris et gras. Je me vis tendre la main vers une pomme d’un rouge profond. Je la croquai. Elle était ferme, juteuse, un rien acide, d’un parfum subtil, délicat. Bref, l’incarnation de la perfection. Même si l’image réveilla des bribes d’une histoire ancienne contée dans la Bible, je sus avec certitude que c’était là la meilleure chose à faire pour aider ce Nouveau Monde à naître : planter des arbres !

AB



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