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Etel Adnan

  • annelauwersblum
  • il y a 4 jours
  • 2 min de lecture

Artiste libanaise aux mille vies!



Polyglotte, philosophe, poétesse, peintre (tapisseries réalisées à Aubusson, carrelages exposés au White cube, à New-York), féministe, engagée dans les causes humanitaires...

Etel Adnan naît au Liban en 1925, d’un père syrien et d’une mère grecque. En 1949, elle part étudier la philosophie à Paris, puis enseignera la philosophie de l’art en Californie. Si elle peint et écrit sur l’exil et les guerres, ses textes et ses tableaux rayonnent de couleurs et de lumière!

Etel Adnan écrit comme elle peint, et peint comme elle écrit. Sauf qu’elle « écrit en français et en anglais, et peint en arabe, (et toujours assise à une table!)". L’arabe, qu’elle n’a jamais su écrire, sauf dans ses fameux leporellos, livres-accordéons où elle recopie des poèmes de Darwich, d’Adonis ou de Yusuf al-Khal ». Elle meurt en 2021, à à Paris. Elle avait 96 ans!

AB

photos: web


Etre en temps de guerre (extraits)


Ne rien dire, rien faire, marquer un temps d’arrêt, ployer, se redresser, se faire un reproche, être debout, aller à la fenêtre, dans le mouvement changer d’avis, retourner à sa chaise, encore être debout, aller à la salle de bain, fermer la porte, ouvrir ensuite la porte, aller à la cuisine, ni manger ni boire, retourner à la table, être lasse, tenter quelques pas sur le tapis, se rapprocher de la cheminée, la regarder, la trouver terne, tourner à gauche jusqu’à la porte principale, revenir à la pièce, hésiter, continuer, juste un peu, un brin, s’arrêter, tirer le côté droit du rideau, puis l’autre côté, regarder le mur.


Se réveiller, s’étirer, sortir du lit, s’habiller, tituber vers la fenêtre, s’extasier sur la beauté du jardin, observer la qualité de la lumière, distinguer les roses des jacinthes, se demander s’il a plu dans la nuit, établir un contact avec la montagne, remarquer sa couleur, regarder si les nuages se déplacent, arrêter, aller à la cuisine, moudre du café, allumer le gaz, faire chauffer de l’eau, l’entendre bouillir, préparer le café, éteindre le gaz, verser le café, décider d’y ajouter du lait, retirer la bouteille, verser le lait dans la casserole en aluminium, le faire chauffer, être attentive, verser, mélanger le café avec le lait, sentir la chaleur, porter la tasse à sa bouche, boire, reboire, faire face aux corvées du jour, être debout et aller dans la cuisine, revenir et allumer la radio, monter le volume, entendre que la guerre contre l’Irak a commencé.


Source : Etel Adnan : (2005) dans American Hybrid, édité par Cole Swensen, Norton 2008. Traduit de l’anglais par Jean-René Lassalle.




 
 
 

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