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De la force des résonances intérieures!

  • annelauwersblum
  • 24 janv.
  • 2 min de lecture

En ces temps où l’actualité guerrière distille un poison nommé sentiment d’impuissance, me vient l’envie de parler de Fabienne Verdier. Son histoire aventureuse commence dans les années 80, mais garde une fraîcheur incandescente jusqu’à aujourd’hui !

Très jeune, Fabienne Verdier sait qu’elle deviendra peintre. Elle réussit brillamment les Beaux-Arts de Toulouse, malgré un parcours chaotique et non-conventionnel. Déjà, elle veut « Saisir la vie », et préfère dessiner animaux et nature, plutôt que le buste de Beethoven !

Sa rencontre avec la calligraphie chinoise va changer le cours de sa vie. Quelque chose a résonné à l’intérieur d’elle, a touché son coeur, comme une lettre d’amour postée par l’univers !

À vingt ans elle part en Chine, avec l’intention de dénicher les quelques grands maîtres de la calligraphie, qui ont réchappé à la terrible « Révolution culturelle » de Mao, et vivent cachés, interdits de pratique. Dans son bagage, une maigre bourse, quelques mots et signes chinois, et le livre « Les propos sur la peinture du moine Citrouille Amère » de Shitao. Le livre lui a été offert par un Chinois excentrique, directeur d’un obscur musée à Paris, qu’elle rencontra grâce à sa tante.

Quand Fabienne Verdier arrive dans le fin fond de la province de Sichuan, elle va surmonter tous les obstacles : la solitude, les difficultés de la langue, la misère, la maladie, le système bureaucratique à la Kafka de l’administration du parti, pour arriver à ses fins : apprendre avec de vieux maîtres « L’unique trait de pinceau », dont parle Shitao dans son livre ! C’est grâce à son obstination qu’elle finit par boire le thé avec un vieux maître, qui vit pauvrement dans la campagne près de l’école d’art. Maître Huang Yuan va attendre six mois avant de l’accepter comme élève. Six mois durant lesquels, chaque soir, Fabienne dépose une calligraphie sur le palier du maître. Puis, un jour, quelqu’un frappe à la porte de sa chambre-atelier. Comme le visiteur tarde à entrer, le mainate de Fabienne (qu’elle s’était procurée pour se sentir moins seule et qui disait surtout des gros mots appris d’un proprio précédent) crie : « Entre, idiot ! ». Le maître était là, enfin ! Il venait lui annoncer qu’il l’acceptait comme élève, parce qu’il avait décelé en elle « Une résonance intérieure, qu’il n’avait pas trouvé chez son propre fils »  (étudiant dans la même classe que Fabienne). La seule condition : son enseignement durerait dix ans !

Dix ans, parce que l’art calligraphique se fonde sur l’implication totale du corps et de l’esprit, l’adéquation parfaite entre l’âme de l’artiste et « le principe qui régit toute chose ». La difficulté réside dans le fait qu’une fois le geste amorcé, il n’est plus possible de revenir en arrière. De là l’enseignement de « L’unique trait de pinceau », du grand calligraphe Shitao.

L'Unique Trait de pinceau est une invitation à retrouver une unité primordiale, et à porter un autre regard sur le monde sensible.

Aujourd’hui, Fabienne Verdier est une peintre reconnue mondialement. Ses œuvres sont pour la plupart des mortels inabordables financièrement. S’il fallait trouver une « morale » dans cette histoire, elle n’a pour sûr rien à voir avec l’argent, mais avec le fait d’honorer ses rêves. Répondre à l’appel mystérieux qui un jour nous a touché, avec toutes les ressources, l'obstination et le courage qui nous habitent!



Texte : Anna Blum, photos Web.












 
 
 

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